La CAN 2006 sous les Pyramides : Le football entre opium et exutoire populaire
23/01/2006
Pour certains détestable opium du peuple qui maintient les masses populaires africaines sous la férule d’autocrates aux règnes interminables, le football serait pour d’autres, non moins critiques, un des rares et précieux espaces fédérateurs au coeur des démocratures exotiques, ces champs de batailles ethnicistes ravagés par le manque. La CAN 2006 n’échappera pas à cette ambivalence qui probablement n’ôtera rien à l’incroyable ferveur qui l’attend. Espérons que la cuvée footballistique au moins sera ... pharaonique.
En effet tout porte à penser que la réception politique des résultats de la compétition sera minutieuse. En Afrique, dans bien des pays, le ministre des sports est peu ou proue celui du football d’abord. Et d’ailleurs, le Cameroun, le Togo, la Côte d’Ivoire entre autres en savent quelque chose. Une compétition continentale ou mondiale loupée peut être synonyme de grave disgrâce du ministre et au besoin de son équipe, des responsables de la fédération etc. ! Sans compter que les bastons de joueurs, ou sans aller jusque là leur réquisition militaire, n’ont pas fait défaut par le passé. Un passé pas si révolu que cela, et que de nombreux supporters approuveraient des deux mains si la déception, ses conditions surtout étaient jugées inadmissibles. Fichtre !
De fait, les contextes politiques s’avèrent plutôt tendus çà et là. Des pays comme la RDC en transe militaro-politique permanente, le Togo devenu aux forceps une ubuesque dynastie héréditaire françafricaine, la Côte d’Ivoire en proie aux assauts des rebelles instrumentalisés par les pays voisins et l’ancienne puissance coloniale, l’Angola sorti d’une interminable guerre fratricide qui tente de recoller les morceaux d’une unité nationale mise à mal par la captation de la rente pétrolière, autant d’éléments qui maximiseront les attentes peu sportives de la CAN. Rien de nouveau si ce n’est cette vieille certitude que le football, la CAN restera on ne peut plus politique.
Les pays qui échappent à la guerre, n’échappent pas à des tensions périodiques ou aux effets socio-décapants de la paupérisation de masse qui ravage les sociétés africaines engluées dans un cycle abominable d’apocalypse économique pour le grand nombre. Le Zimbabwe est de ceux là. L’Egypte des urnes, avec élections trop transparentes, est sous l’onde de choc de l’apparente inexorable avancée des groupes politiques islamiques alors que le soutien actif et trop visible des Occidentaux exaspèrent des populations qui se sentent embrigadées pour le compte du christique Axe du Bien.
Pour ceux que le sport et le foot intéressent encore, et il y en a beaucoup, souvent les mêmes qui y trouvent des enjeux d’échiquier politique, il y aura des challenges à relever, ce n’est guère moins certain !
En lice les trois quadruple vainqueurs de la CAN, remontés pour réaliser seuls la passe de cinq : L’Egypte organisatrice, le Ghana qualifié pour la Coupe du monde, le Cameroun habitués des épreuves de coupe du monde et soufflé cette édition sur le fil par l’ambitieuse Côte d’ivoire. Premier défi à relever, s’enfoncer davantage dans l’histoire sportive du continent.
La Côte d’Ivoire, mundialiste pour la première fois de son histoire, tire une motivation d’éléphants en opération commando, voudra à la fois offrir à un peuple aux tendances centrifuges un visage plus rassurant de lui-même, en partance pour la coupe du monde et décidée à se faire un moral d’acier avec une victoire qui trancherait en sa faveur le leadership continental. Très attendue donc.
Le pays hôte, avec son public pléthorique qui avait joué à fond son rôle de douzième homme en 1986 lors de la mémorable finale remportée aux tirs au buts contre le Cameroun qui affrontait 100000 spectateurs -record d’affluence de la compétition-, voudra faire la loi à domicile.
Les outsiders, qui pourraient incarner la relève des anciennes gloires, Nigeria, Cameroun, se presseront à l’abordage des cages adverses, pour justifier des places en coupe du monde qui laissent un peu incrédules les connaisseurs : Togo, Angola, Ghana, des nouvelles locomotives continentales, pour comment de temps ? Un début de réponse peut-être.
Côté individualités, le duel à distance Drogba – Etoo passionne et les déclarations du barcelonais seront mises à l’épreuve du nombre de buts qu’il marquera aussi en sélection, loin de ses pourvoyeurs de ballon en Espagne.
Et tellement d’autres choses encore, parmi lesquelles les insolites de chaque édition, les affrontements maraboutiques, les prières collectives dans et hors des stades, les effusions de joies, et , dure loi du sport, de pleurs..
En somme, on n’oubliera pas les problèmes du football africain, son hémorragie de jeunes se vendant à l’encan sur le marché impitoyable du joueur africain au rabais. On fermera les yeux juste l’instant de la compétition, ignorant furtivement les gabegies des fédérations dont les cadres vivent davantage du football pour lui. On espère que l’on aura droit à une compétition digne des espoirs de toutes ces masses laborieuses qui voudraient tromper pendant une dizaine de jour la faim, le vide, le manque, l’errance, la douleur.
François Pety
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