Rapport 2005 sur la lutte contre le racisme : 1 Français sur trois se déclare raciste
21/03/2006
21 mars jour officiel de la lutte officielle contre le racisme, la CNCDH [Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme] a rendu public son rapport sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie en France en 2005. Les médias français et les acteurs de l’antiracisme institutionnel ont tôt fait de s’alarmer d’un fait mis en avant par les sondages : un Français sur trois se reconnaît raciste, de plus une certaine banalisation du racisme et de la xénophobie semble s’implanter, malgré une baisse du nombre d’actes et menaces recensées en 2005 par rapport à l’année précédente.
Selon les chiffres publiés par les versions en ligne des journaux Le Monde et le Nouvel Observateur du 21 mars 2006 notamment, le profil du racisme et de l’antisémitisme en France serait majoritairement composé d’actes d’antisémitisme -504 sur 974 au total- en baisse de 48% par rapport à 2004, le reste étant de l’indifférencié ...
Les antiracistes institutionnels s’inquiètent du fait que les citoyens se désintéressent de la cause antiraciste, seulement 25% seraient prêts à adhérer aux associations antiracistes -on les comprend-, 39% boycotteraient une entreprise raciste, 50% signeraient une pétition contre la xénophobie, autant de statistiques en baisse sur un an. On frise le rejet massif avec 70% de refus de port de badge antiraciste par les sondés du rapport de la CNCDH. La commission note également une radicalisation des propos relatifs aux immigrés, témoin d’un essoufflement de la « mobilisation » contre le racisme.
Ce rapport reste marqué par ses tares originelles identifiées sur Afrikara.com à plusieurs reprises et le désintérêt citoyen qui accueille la stratégie antiraciste adoptée est somme toute justice sinon réconfort.
La démarche d’ensemble de l’antiracisme français traduit un biais antisémitiste, répertoriant ou plus précisément recensant systémiquement davantage de fait antisémites qu’islamophobes et mélanophobes. Compte tenu de l’importance des populations concernées et de la surmédiatisation des cas d’antisémitisme réels, supposés ou présumés, au traitement politique notoirement discriminatoire chaque jour réaffirmé, la réaction des sondés s’explique largement.
Les outils de l’antiracisme sont d’une part insuffisants conceptuellement, cela pourrait se comprendre au vu de la jeunesse de la structure dédiée. Mais ils sont en plus racistes eux-mêmes, ce qui est plus grave dans la mesure où ils accordent à une forme de rejet isolé de l’ensemble des actes incriminés, plus d’audience, de publicité, d’attention que d’autres.
Les questions de discriminations à l’embauche, au logement à l’accès au crédit, les violences et bavures policières, les contrôles au faciès, la sous-représentation politique sont constitutifs d’un racisme systémique qui n’épargne pas l’antiracisme institutionnel.
La réduction du racisme aux actes recensés par la police est une limite évidente à cette approche puisque la police n’enregistre pas tous les actes, surtout ceux susceptibles de lui être défavorables. Le déficit qualitatif est également patent. Les dimensions symboliques du racisme ne sont en général pas mentionnées -au moins dans les reprises des médias. La prégnance de la xénophobie, sa socialisation, ses sélections implicites, invisibles, le jeu des connivences et affinités électives dans les différents cercles d’adhésion sociale -écoles, groupes de pairs, centres de loisirs...-, constitutifs de l’essentiel des actes de rejet n’apparaissent pas. Tout se passe comme si un racisme fondamental, enraciné devait rester à l’ombre, protégé par des enquêteurs coupables.
Le racisme et toutes les formes de xénophobies et de rejet sont en fait, en partie volontairement mal pris en considération par les instruments actuels et les associations officielles vivant de l’antiracisme et de l’antisémitisme affiché. Cependant un effet pervers se profile à l’horizon, la perception d’une surprotection par les acteurs de ces Droits de l’Homme -blanc- risque fort de banaliser la lutte antiraciste, assimilée à une victimisation ethnique particulière ou une culpabilisation collective au profit d’une communauté. Les affaires Fofana-Halimi, celle du RER D ou de Chaïb Zehaf -un Algérien tué par un homme de père juif ayant selon les médias professé des paroles arabophobes- contribuent à dévaloriser le sens citoyen et républicain du refus indiscriminé de toute xénophobie.
Z.B
|