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Histoire sur Afrikara
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JESUS SAUVE NOUS QU"AVONS NOUS FAIT AUX BLANC POUR mériter ça
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Afro argentins rayés de l’histoire, par Lucía Dominga Molina [Première partie] 
14/05/2006

Buenos Aires fut l’une des principales portes d’entrée par laquelle accostèrent les bateaux négriers qui avaient enlevé mes ancêtres et les vôtres de notre Mère Patrie, l’Afrique. Il n’y avait pas de plantations ou des mines impliquant la présence d’un grand nombre d’esclaves noirs sur le territoire représentant aujourd’hui la République d’Argentine. Cependant,   notre pays a servi de passage pour que nos ancêtres soient emmenés vers Potosí, pour la sinistre exploitation minière ou pour travailler à la Casa de la Moneda,  où on peut encore voir aujourd’hui les habitations inhumaines qu’ils occupaient dans la partie supérieure de l’édifice, connus sous le nom de "duenderas". Beaucoup d’entre eux sont restés sur cette route en tant que servants ou pour réaliser des travaux artisanaux dans les villes fondées par les Espagnols, parmi elles, Santa Fe de la Vera Cruz, qui est l’une de plus vieilles du pays.

 

Les chiffres donnés par les recensements coloniaux témoignent d’une présence importante d’Africains en Argentine. Selon le rapport de 1778, sur un total de  210.000 habitants, au moins 80.000 étaient noirs, mulâtres et "sambos" (mélange noirs et métisses). Dans certaines villes, nous représentions 60% de la population, dans d’autres 45% ou 30% comme à  Buenos Aires selon le recensement de 1810.

 

Les noirs sont déjà présents à Santa Fe lorsque la ville est établie pour la première fois (Santa Fe la Vieja, 1573. En témoignent les fouilles archéologiques réalisées dans des ruines découvertes par Don Agustín Zapata Gollán qui ont permis d’exhumer des pièces de céramiques extraordinaires (têtes, pipes, etc.) d’origine africaine. Dans son testament,  Doña Jerónima de Contreras, fille légitime du fondateur de Santa Fe, Don Juan de Garay, et épouse du gouverneur Hernandarias de Saavedra, déclare qu’elle possède soixante et quatre pièces de grands esclaves d’Angola, sans compter ceux qu’elle a offert au Couvent Franciscain  de Santa Fe, à Fray Juan de Buenaventura, franciscain qui l’a soutenu elle, ses filles, ses beaux-fils et ses petits enfants pendant plus de 10 ans. Au moment de leur expulsion, les Jésuites de Santa Fe possédaient plus de 700  esclaves.

À défaut de disposer d’une documentation et de recherches profondes, on a toujours dit que le nombre d’esclaves à  Santa Fe était insignifiant. Il n’y a pas de statistiques (à ce sujet) sur Santa Fe dans le recensement de 1778 cité plus haut, et les chiffres de 1760 qui nous semblent peu crédibles parlent de moins de 20%.

Dame Lina Beck-Bernard raconte dans  "Cinco Años en la Confederación Argentina" le malaise que provoque en chaque habitant de Santa Fe le soulèvement du Général José de Urquiza (possiblement en septembre 1852) en ce qui a trait à la liberté des esclaves et donne une idée du nombre d’esclaves existants à une époque aussi  avancée du siècle dernier: "Dama était propriétaire jusqu’à ce matin de 30 ou 40 servants, de telle sorte que le soir, elle s’est vue obligée de travailler elle-même dans la cuisine pour préparer le repas, et c’est également le cas pour chaque propriétaire de ces granges dans lesquelles travaillaient jusqu’à 100 esclaves, qui se retrouveraient seuls et abandonnés par leurs manœuvres d’un moment à l’autre.".

 

Rayés de l’histoire

 

Mais, tout d’un coup, comme par magie, vers la fin du XIXième siècle nous avions miraculeusement disparu, pour le bonheur de la société en général. À ce sujet, il est intéressant de lire un paragraphe du Recensement de 1895: "Bientôt, elle (L’Argentine) n’aura qu’une population totalement unifiée, formant une nouvelle et belle race blanche, produit du contact de toutes les nations européennes fécondées sur le sol américain."

Les historiens essaient d’expliquer la "disparition" des Afro argentins en la basant sur la participation massive de ceux-ci à toutes les guerres du siècle dernier. Nos grands-parents étaient de la chair à canon pendant les invasions anglaises de 1806-1807; ils ont traversé, beaucoup d’entre eux enchaînés, les Andes pour intégrer l’Armée Libératrice de San Martín, arrivant même jusqu’ici, à Lima; ils ont participé aux innombrables guerres intestines du pays, et le coup de grâce fut sans doute la néfaste Guerre de la Triple Alliance contre nos frères paraguayens. Trois autres causes supplémentaires sont à signaler : la forte mortalité,  versus une faible natalité, conséquence des pires conditions de vie qu’ils subissent (il est important de rappeler l’épidémie de fièvre jaune qui a frappé Buenos Aires et particulièrement les afro argentins); la fin du trafic des esclaves stipulé par l’Assemblée de l’An XIII (même si dans les faits, l’arrivée d’africains se poursuivait. Sous le gouvernement de Don Juan Manuel de Rosas, le commerce des esclaves reprend à deux occasions); et finalement, on évoque la grand nombre de métissages, le manque d’hommes à cause de leur engagement dans les guerres et l’entrée d’immigrants blancs venus d’Europe. Il ne faut pas oublier le fait que de nombreuses femmes noires se sont mariées avec des blancs pour que leurs enfants aient de meilleures chances, étant donné le niveau élevé de racisme dans la société.

 

Ces quatre causes, très logiques et très raisonnables, n’expliquent tout de même pas la pire des disparitions.  Ils nous ont rayé de l’histoire, nous n’existons pas, nous n’avons rien apporté. Nous sommes une curiosité exotique.

Il est impossible de comprendre cette réalité si on n’analyse pas le mythe de "l’Argentine Blanche", un mythe qui se construit vers la fin du siècle dernier avec ce qu’on a appelé la "Generación del 80" et qui présente l’œuvre de Domingo Faustino Sarmiento et Juan Bautista Alberdi comme antécédent et base idéologique.

 

 

 

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga


* Integrante de la Casa de la Cultura Indo-Afro-Americana de Santa Fe, Argentina

* Ce document est tiré de  "Afroamericanos: Buscando raíces, afirmando identidad", serie Aportes para el Debate No. 4. (Afro américains : recherche des racines, affirmation de l’identité) http://alainet.org/active/show_text.php3?key=1006

Afrikara

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