Joséphine Mbarga Bikie : Une Championne africaine ne rêvant pas d’expatriation ça existe !
14/08/2006
C’est une jeune championne africaine du Cameroun, révélée aux Jeux africains de Maurice de 2006 qui remporte par ailleurs la palme de l’attachement au continent. Suffisamment rare, ou suffisamment rarement entendu pour être mis en exergue, cette championne contrairement à ce que la logique habituelle et «l’intérêt» des athlètes laisse supposer, ne rêve pas du tout d’expatriation malgré son titre africain dans l’épreuve du saut en longueur.
Le 11 août 2006 à Maurice, la camerounaise Joséphine Mbarga Bikie qui porte bien son nom de Bikie -le fer- emportait l’or pour son pays, à la surprise générale puisqu’elle ne comptait pas parmi les favorites de l’épreuve. Avec un saut à 6,33 m cette jeune dame de 27 ans devançait la sénégalaise Kene Ndoye et la nigériane Chinazom Amadi pointant à 6,30 m et 6,23m respectivement.
L’interview qu’elle a accordé à RFI, diffusée le 13 août a fait connaître une championne plutôt bien dans sa tête, heureuse sans excessive euphorie, répondant avec calme et modération aux questions d’un journaliste passablement surpris par l’aplomb et la sérénité déconcertante de l’athlète.
La surprise de taille est intervenue lorsque Joséphine Mbarga Bikie, à l’opposé de ce qui est attendu des athlètes africains, désireux de méthodes de travail plus professionnelles, d’un cadre maximisant leurs revenus directs et indirects, leurs chances de reconversion, n’a pas semblé obnubilée par l’opportunité de l’expatriation.
Confiant qu’elle allait prendre le temps d’y réfléchir avec son mari et sa famille, elle a réussi, au pied de l’exploit à relativiser le sport qu’elle pratique assidûment, privilégiant autant la sportive que la femme et future mère qu’elle est.
Elle a enfoncé le clou face à un journaliste désemparé par les réponses calmes et posées, en affirmant qu’il n’y avait pas de raison de s’expatrier puisque, selon elle, les entraîneurs africains qui ont les mêmes formations que leurs homologues occidentaux sont aussi compétents qu’eux. La question pour la sauteuse en or se posera plus au niveau des moyens que le Cameroun pourra mettre à sa disposition afin qu’elle puisse participer dans les meilleures conditions aux épreuves internationales.
Ouf, que cela fait du bien de rompre avec bien des nôtres, que l’on comprend du reste, qui en sont réduits à mendier une expatriation coûte que coûte, dans des clubs et conditions pas toujours dignes de leurs talents. Ces prises de positions de Joséphine Mbarga sont à méditer par tous ceux qui s’imaginent les centaines de millions d’Africains rêvant d’«inonder» l’Europe, l’Occident. Car d’un point de vue strictement objectif, on ne saurait reprocher à un athlète, délaissé par sa fédération, comme c’est trop souvent le cas, grugé de ses primes, contraint à faire des avances sur fonds propres pour participer à des compétitions au nom d’un Etat dispendieux pour le confort de sa classe futile, d’aller vers des conditions idéales d’exercice d’un talent à durée de vie limitée par l’âge.
La fierté ne résiste pas à l’envoi d’un énorme «Big Up» à Joséphine Mbarga de Fer, mais la vérité nous impose de lui conseiller la prudence et le pragmatisme. Au Cameroun où la championne olympique Françoise Mbango pense déjà à l’après-sport, inscrite dans une université américaine grâce à une bourse américaine via l’entreprise US installée au cameroun AES-Sonel, a vite déchanté des engagements gouvernementaux. Ainsi qu’elle le déclarait il y a quelques mois à RFI [Source : Mutations, 11.04.06], l’Etat camerounais par sa plus haute autorité qui l’avait décorée de l’ordre de la valeur s’était engagé publiquement à une prise en charge de la championne olympique qui avait résisté aux pressions pour qu’elle prenne la nationalité française. Selon ses dires, l’Etat n’a pas tenu ses promesses, rien n’a été fait d’où une compréhensible amertume que devrait méditer Joséphine Mbarga…
Afrikara
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