Rafle ethnique à Cachan : Les Noirs cibles sécuritaires idéales
22/08/2006
Le 17 août en plein été, au cœur de finissantes vacances et d’une inactivité des mouvements sociaux, le ministère de l’Intérieur français, alléguant une décision de justice et des motifs de sécurité pour les résidents irréguliers, a lancé un assaut féroce contre une résidence universitaire de la région parisienne -Cachan- abritant un bâtiment habité essentiellement par des originaires d’Afrique. Cette opération à grand spectacle qui a mobilisé des centaines de forces de l’ordre parmi lesquels des CRS, s’apparente par sa brutalité, son caractère de rafle ethnique, le bouclage d’une zone interdite aux associations et journalistes à une opération politicienne calculée et volontairement inhumaine.
La politique d’humiliation des faibles et des Noirs menée depuis des mois par l’axe sécuritaire français a probablement voulu faire un symbole du 10ème anniversaire de l’opération policière forcenée et à la hache le 26 août 1996, lorsque des forces de l’ordre investissaient une église, Saint-Bernard, dans laquelle des familles de sans-papiers africains s’étaient retranchées. Le 17 août 2006 soufflait aussi de tristes bougies, celles des incendies parisiens de l’été 2005 où curieusement n’avaient pris feu successivement que des immeubles vétustes occupés par des originaires d’Afrique noire, souvent français, qui allaient pour d’aucuns perdre leurs vies et toute ou partie de leurs parentèles …
En effet des centaines probablement d’Africains et d’originaires d’Afrique habitaient irrégulièrement un bâtiment de la cité universitaire de Cachan, parmi eux semble t-il un certain nombre de Sans-Papiers. Ce lieu, désaffecté, propriété du Crous -Centre régional des oeuvres universitaires et scolaires- passait dans les médias dominants pour le plus grand squat de France, les superlatifs ne s’appliquant aux Noirs de France que lorsqu’ils ont une charge négative, cela s’entend. On évalue au millier de personnes le nombre d’irréguliers ayant un temps habité ces lieux mais il est relaté que seuls environ quatre cents étaient présents lors de l’opération policière.
L’impressionnant dispositif qui a bloqué les rues adjacentes et multiplié les mesures d’intimidation face à des femmes et des enfants sans défense -les hommes étant majoritairement partis au travail- en a choqué plus d’un. Témoignant d’un message indirect à l’adresse non pas des résidents mais d’un électorat depuis des mois nourris à la politique spectacle des mots, indexations, démonstrations de force de marins d’eau douce. En matière de politique d’immigration, apparemment à vaincre sans péril on triomphe avec gloire quand la gent journalistique plus que révérencieuse maximise l’imaginaire de peur, d’insécurité lié à ce qui se rapprocherait de l’étranger noir, le perçu étranger, ses mœurs nécessairement lointaines, étranges.
L’ «évacuation» comme disent les voix autorisées avait aussi pour but de réaliser une rafle massive et médiatique de Sans-Papiers, la police annonce 49 personnes en situation irrégulière ayant vocation à être reconduits aux frontières. Ce qui le moment venu permettra de faire du chiffre et de se rapprocher des objectifs quantitatifs d’expulsion pour 2006 fixés à 25 000 têtes… Précision, pour cette rafle sectorielle et ethnique, les contrôles d’identité ne se sont pas arrêtés aux locataires du bâtiment F, ils ont débordé cet «objectif» pour d’autres raisons naturellement.
Le déploiement de force de Cachan confirme le statut effectif des Noirs de France, les seuls objets politiques suffisamment faibles et sans recours que l’on s’autorise, sur quelque prétexte que ce soit à railler, à interdire de culture d’origine, de langues maternelles, à pointer du doigt avec les vocables désormais célèbres de Karcher, de racailles, de violents, véhicules in fine identifiés d’une insécurité rien moins qu’importée.
Cette instrumentalisation permanente prospère sur un relatif vide que les associations humanitaires et caritatives seules, réactives, ne pourront combler et que les Noirs devront prendre à bras le corps, en envoyant des messages politiques clairs de sanction exemplaire. Ce ne sont pas les cris mous d’oie gavée du PS caviar, incapable de s’ouvrir à la diversité en son sein qui changeront les choses.
Devant une situation internationale qui échappe aux questions intérieures -Liban, Palestine-, il fallait pour un présidentiable à vide de visibilité et d’omniprésence, exister pendant les vacances par des opérations spectacles de préférence. Le dossier des enfants scolarisés en France sans titres de séjour contribue à cette trappe à médias, instaurant une continuité de la campagne politique du président de l’UMP. Proie facile à excellent retour politique vus les sondages qui suivent généralement les manoeuvres de communication «cassant du nègre», le candidat à la présidence de la république n’allait pas se priver de faire vibrer la peur panique d’une partie de l’électorat français convaincu ou converti faute mieux à l’unique projet de société d’un fils d’immigré.
Il appartiendra aux victimes de ces politiques de chasse-aux-voix-chasse-aux-Nègres de trouver un rapport de force leur permettant de sortir du champ récurrent en période préélectorale de l’instrumentalisant de formes diverses voire clandestines de xénophobie. Ce n’est que lorsque la rentabilité politique des actions de stigmatisations des Noirs baissera que s’instaureront un climat, et un rapport politique et de citoyenneté «libérés» entre la république, ses pratiques politiciennes arriérées et les citoyens, résidents, nationaux noirs.
Sur la question des irréguliers de logement et de séjour, les dimensions de politique du logement, de causes de la pauvreté, de causes des flux d’immigration -les politiques géostratégiques occidentales de paupérisation via des autocraties africaines cooptées -, ne pourront éternellement demeurer hors d’atteinte des réflexions et actions d’alternatives.
Akam Akamayong
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