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Pillages, Paupérisations et Pollutions : La Côte d’Ivoire intoxiquée 
14/09/2006

L’insertion du continent africain dans l’économie internationale contemporaine, n’en déplaise au délires de la coopération internationale et des théories vaseuses des bienfaits du l’ultralibéralisme apparaît de plus en plus dans sa nature prédatrice d’exploitation totale et globale d’un continent incapable de se défendre face aux «esprits animaux» de la forme contemporaine du capitalisme.

Le pillage des ressources est connu, beaucoup d’auteurs l’ont objectivé -esquissé-, sans que cela ne change grand-chose au problème puisque telle est la fonction infrastructurelle assignée à l’Afrique depuis cinq siècles dans la division internationale des prédations au profit des nations dominantes, et de leurs classes privilégiées.

 

Les besoins du capitalisme étant en permanente mutation, les demandes intensives de matières premières génèrent l’expropriation de fait des Africains par les multinationales, leurs états d’origine qui fabriquent les appareils politiques continentaux compatibles avec leur règne. Les difficultés et les coûts de traitements des rejets industriels occidentaux entraînent un besoin de déversement au moindre prix de toutes les saletés sorties des usines et sociétés industrielles. Là encore, par division internationale des richesses et des pauvretés, droits naturels pour les puissants à disposer des terres, des mers, de l’environnement, des humanités du monde «inférieur» ou simplement faible, l’Afrique s’offre aux millions de tonnes de produits toxiques qui ne sauraient perturber le quotidien policé des Nantis du sanctuaire occidental.

 

En somme l’Afrique est le seul lieu au monde, considéré comme le plus pauvre de la planète, exportateur de capitaux vers les pays riches, exportateur à vils prix des toutes les ressources stratégiques de la planète qui lui sont littéralement enlevées, écrasé par une dette qui n’a de réalité que scripturale mais dont les remboursements saignent les plus misérables. Il est enfin la poubelle la plus dangereuse que les sociétés industrielles imposent à des centaines millions d’âmes de surcroît assignées à résidence dans ce pandémonium qui reçoit maladies importées, produits alimentaires ou pharmaceutiques avariés, essais thérapeutiques, et suprême indignité mondiale. Toute volonté d’échapper à cette détermination qui sous-tend les flux migratoires explosifs de l’Afrique vers le monde pacifié et opulent est sanctionné par le traitement que l’on sait de l’immigration clandestine ou légale.

 

Le déversement criminel de près de 600 tonnes de déchets toxiques rebuts de la production pétrolière en Côte d’Ivoire s’inscrit dans cette modalité de pillage-paupérisation-pollution. Ce pays a longtemps contribué à financer entre autres campagnes électorales françafricaines, des éléphants blancs et projets ruineux qui ont saigné les recettes cacaoyères nationales. Il a toujours été l’aubaine des Bolloré, ou Bouygues, de certains réseaux d’affaires libanais et des multinationales du bois, et les ajustements structurels ont institué en politique d’état la dépossession des Ivoiriens de leurs ressources et services publics via les privatisations.

 

Dans la nuit du 19 et du 20 août 2006 un navire, le Probo Koala, transportant des déchets très toxiques en provenance d’Espagne, se vidait de son contenu au Port autonome d’Abidjan. Des dizaines de milliers de victimes et plus de six morts sont recensés au mois de septembre. Lorsque les caméras et médias ne seront plus dans la fougue éphémère de l’événement, les victimes continueront de mourir et les navires à déverser…

 

Il est certain que les autorités locales ont une responsabilité dans cette catastrophe et il serait injuste qu’elles échappent à des sanctions. Il existe cependant des textes internationaux régissant la gestion des déchets, en particulier l’interdiction aux pays de l’OCDE de transférer des déchets toxiques vers des membres de l’organisation ou en dehors. Le pays responsable de cette situation, il semble que l’origine des déchets soit l’Espagne, doit l’assumer, c’est à dire aujourd’hui dépolluer Abidjan, indemniser les victimes actuelles et futures.

 

Mais les démarches pour criminaliser la pollution d’une des premières grandes villes africaines ne devraient pas s’arrêter là. C’est un audit des rejets toxiques en Afrique qui devrait être réalisé, car la part connue de produits toxiques déversés excède de loin celle déclarée ou rendue publique. La chose est d’autant plus urgente que pour des pays comme le Gabon ou le Niger, l’ancienne Cogema devenue Areva, géant européen du nucléaire civil ne s’est jamais embarrassée de traitements appropriés des déchets radioactifs de l’exploitation de l’uranium. Des déchets sont jetés à ciel ouvert au Niger, et les ONG locales relatent des cas de maladies bizarres inconnues et récemment survenues dont souffrent les populations à proximité des sites, depuis l’arrivée d’Areva.

 

Il faudra bien que tôt ou tard une conférence internationale incluant les pollueurs, examine cette catastrophe environnementale et ces désastres humains silencieux qui devraient faire l’objet d’une attention urgente. Le principe du pollueur payeur devrait être institué avec effets rétroactifs sur un continent déjà menacé par le Sida.

 

 

Lire notre précédent article : Extraction à haut risque d’Uranium Africain : L’exemple inquiétant d’Areva au Niger

Agni Blé

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