ANKH 2005-2006 : De la sexualité dans l’antiquité aux problèmes énergétiques contemporains
19/10/2006
ANKH, la revue d’Egyptologie et des civilisations africaines dirigée par Théophile Obenga et Cheikh M’Backé Diop vient de présenter son numéro 14/15, un haut événement de culture et de science comme toujours dans la compréhension moderne et dépouillée d’eurocentrisme des civilisations africaines.
Les thèmes abordés par cette revue qui articule sciences dites exactes et sciences dites humaines vont de la sexualité comparée des Africains d’Egypte de la période pharaonique avec celles des Grecs aux faits et lectures nouvelles des cosmogonies égyptiennes, de la pyramide de Khufu, des faits culturels, linguistiques et données naturelles réévalués, relatifs aux relations entre l’Egypte antique et ses voisins et frères du reste de l’Afrique noire. La pénurie probable d’énergie -en cours de réalisation- est éclairée par le discours prospectif et positif -propositions- de Cheikh Anta Diop en 1985.
La question de la sexualité, des relations érotiques et amoureuses des peuples et civilisations est souvent présentée comme affaire individuelle d’orientation sexuelle, au mépris des longues traditions qui rendent compte des pratiques et des discours contemporains, notamment au sujet de l’homosexualité, de la prostitution, de la polygamie par exemple. A partir des textes des Anciens grecs, Africains d’Egypte, passés au crible de la linguistique, de la philosophie et de la sociologie, Théophile Obenga remet en perspective les angoisses et questionnements qui surgissent autour de la sexualité aujourd’hui. Marquée par les phénomènes de mondialisation, par la diffusion des pratiques euro-occidentales héritées de la Grèce antique, elle [la sexualité] tente de se passer pour naturelle, normale, voire évoluée. Quels furent le rôle et le statut de la femme comparativement en Afrique pharaonique et en Grèce berceau des civilisations euro-occidentales ? Quelles intentions ces différentes sociétés ont-elles mis dans les relations de genre, de sexes, d’amour ? Une problématique attendue que le professeur Obenga n’hésite pas à aborder de façon souvent technique, très rigoureuse, mais tout aussi décapante et inspirée.
Une lecture très originale des cosmogonies égyptiennes par Jean-Paul Mbelek y décèle une logique mathématique répondant à l’axiomatique des nombres entiers naturels. Elle illustre dans l’élaboration même des entités primordiales, une intention mathématique des Egyptiens anciens, loin des réductions habituelles des cosmogonies aux domaines mythologique, magico-religieux exclusif.
Des nouveaux faits sont étudiés et analysés par Moussa Lam sur les rapports Egypte-Afrique subsaharienne, et Babacar Sall revient sur l’idée que l’Egypte est un don du nil.
ANKH n°14 / 15 permet aussi de se familiariser avec Martin Bernal dans un entretien avec le professeur Obenga ou de faire connaissance via Mario Beatty avec le premier africain américain, Martin Delany à avoir fait une traduction des hiéroglyphes.
Enfin, la revue d’Egyptologie de référence revient fort à propos sur une communication de Cheikh Anta Diop datée du 30 avril 1985 au Symposium international de Kinshasa intitulée : « La science, la technique et le développement de l’Afrique - L’Afrique et son avenir». Etonnamment seul sur ces problématiques prospectivistes, Diop y abordait une question que désormais, faute d’avoir pris de l’avance, l’Afrique sera contrainte de régler dans la précipitation à moins que d’autres, à son détriment, ne la règlent à sa place : le problème énergétique.
Cheikh Anta Diop introduisait son allocution ainsi :
«Faisons une projection dans le proche avenir et demandons-nous quelle sera la physionomie énergétique du monde, dans 30 à 40 ans, aux confins des années 2010 à 2020. Si le rythme actuel de la consommation mondiale est maintenu les experts sont à peu près d’accord pour prévoir une pénurie croissante dans le domaine des sources d’énergie primaires fossiles, c'est-à-dire celui des hydrocarbures, du gaz naturel, du charbon, des tourbes etc., même en faisant la part des nappes et mines importantes restant à découvrir au niveau des continents. En même temps la pollution atmosphérique en gaz carbonique qui a atteint une échelle géochimique ira s’accentuant» [Source : ANKH n° 14 /15 P. 163].
Nous sommes [presque] rendus trop vite à cette période animée certes par de nouvelles découvertes en matière de sources d’hydrocarbures, mais également par une accélération de la consommation mondiale sous l’impulsion de la surconsommation états-unienne, et des nouveaux pays industriels qui pourraient multiplier le rythme d’épuisement des ressources. Le changement du vecteur d’énergie est donc désormais une nécessité vitale.
ANKH ouvre le débat, c’est tant mieux. Il restera aux Africains et aux scientifiques, chercheurs, citoyens du monde de s’engouffrer dans la recherche de solutions à partir du vecteur culturel africain, son corpus de valeurs et de représentation du monde.
Pour plus d’informations : www.ankhonline.com
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