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Livres sur Afrikara
Les derniers commentaires
  patricia montcho : avis ( 16 Novembre 2008 12H18)
elle nest pas connue chez moi au énin mais la moi japprécie je ferai sa pub chapeau
  Dodo : ( 26 Juin 2007 14H50)
C'est un livre pour fainéants.
  Manson : ( 04 Avril 2007 14H14)
J'ai lu ce roman. Cette femme écrit bien. Merci pour le compte rendu qui est assez juste. Il salut les nôtres. C'est bien, très bien.
  anne m.r. obogobé : Sentiment mitigé ( 27 Février 2007 17H39)
Malgré les difficultés l'interculturalité constitue une source de richesse inépuisable.Je partage le jugement sur le refus d'une conscience politique [lire la suite]
  Patrick : Bonne critique! ( 20 Février 2007 09H40)
Bonne critique du livre, je trouve que c'est assez juste et reflète bien le contenu.. "Autofiction", c'est bien trouvé ahahaha. Par contre, pour ce qu [lire la suite]
  NEGRE Chocolat : ( 20 Février 2007 05H48)
Ben gros bravo a toi zinecou, tu as fais du bon travail la
  Moon : Invit ( 19 Février 2007 21H04)
Salut Miss! Ca fait longtemps! Tu sais, je travaille sur un projet de conférence-débat avec des "Jeunes Afro-parisiens dynamiques et stimulants". J'ai [lire la suite]
  lauren ekue : ( 16 Février 2007 17H26)
A Buata,

Merci, Melle Ekué et Flora apprécieront vos efforts de lecture !
Quel baratin intellectuel, J ADORE !
CONTINUEZ ! ! !
Avec amitié et hu [lire la suite]
  Doudo : ( 07 Février 2007 16H09)
Sa à l'air bien se livre merci pour l'info. C'est un auteur femme connu?
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Afrikara rend hommage au grand Homme qu'était Aimé Césaire. Que représentait pour vous Aimé Césaire?
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Icône urbaine premier roman de Lauren Ekué : La génération Hip-Hop écrit au féminin … 
04/02/2007

Si la fiction, est la mieux à même de traiter et rendre accessible la complexité du monde, Lauren Ekué, rédactrice mode beauté, nous livre là le monde enchevêtré dans lequel tente d’exister une certaine jeunesse urbaine. Avec son premier roman, Icône urbaine, Ekué nous permet de comprendre et d’établir des liens de proximités avec l’expérience de la vie d’une jeune femme afro-parisienne. Afro-parisienne car l’entre-deux culturel caractérise le personnage central de cette autofiction qui, en outre, est originaire et de France et du Togo. Ce croisement culturel fait d’elle une femme ni tout à fait française, ni tout à fait togolaise. Il n’est dès lors pas étonnant que son propre personnage soit dans une situation de schizophrénie permanente : « ma vie est une schizophrénie, un grand écart perpétuel. Quand je rends visite à mes parents, je ne suis plus sous le joug des lois françaises. Derrière la porte de l’appartement familial, on s’habille Togo, on parle Togo, on mange Togo »[1]. À cela s’ajoute le fait qu’il s’agit d’une femme afro-parisienne qui nous livre, à travers sa fiction romanesque, la singularité d’une expérience féminine à partir de sa vision du monde tout empreinte d’ironie. De cette manière, le personnage de Lauren Ekué peut prendre parfois de la distance avec son univers urbain.

 

Il s’agit certes d’un premier roman avec les potentialités et les faiblesses inhérentes à toute jeune écriture. En effet, Lauren Ekué fait bien voir la complexité des Afro-parisiennes et donc du caractère particulier de la femme interculturalisée. Par exemple, la recherche de l’amour devient une affaire compliquée, contée avec humour : « Je n’envisage pas de m’acoquiner avec un type de ma génération à la mentalité oldschool de mes parents. Mais il faut voir la réalité en face. Chercher un Afro-Parisien, catho, cadre supérieur, et surtout pas complètement coupé de ses racines relève de la pure gymnastique relationnelle »[2]. Les soirées passées dans les boites de nuits, l’univers de l’apparence, la culture Hip Hop en arrière-fond, tout cela Ekué le mobilise pour enrichir son écriture en donnant à celle-ci une touche bien singulière.

 

Autre élément que donne à voir cet ouvrage est la différence de positionnement frisant le refus d’une certaine conscience politique et historique de la jeunesse en général, ainsi que de la génération née dans les années quatre-vingt :

 

La jeune génération se confronte à l’ancienne. Née en France, au début de la décadente décennie 80, je n’ai jamais connu l’esclavage, la ségrégation, la dictature, les guerres ethniques et l’apartheid. Happy Fews. Pour nous, le monde a changé. Enfin presque. Nous évitons soigneusement de remuer les histoires du passé. Avec nous, la boîte de Pandore restera bien scellée. Boycotter un produit relève du fantasme. Abrutie, assommée, je ne zappe pas MTV qui diffuse à longueur de journée, toute l’année, des clips indécents de jeunes rappeurs US attirés par l’appât du gain. L’image de la femme noire est galvaudée, prostituée. Les dollars de leurs succès commerciaux bourrent leurs poches. Nous n’avons plus d’éthique, encore moins d’esprit critique. Nous ne bouleverserons rien, ni notre image, et encore moins le monde[3].

 

On le voit, cette génération malgré ses surprises idéologiques et présupposés de notre point de vue nous rappelle néanmoins la complexité de ce monde que fictionnalise Ekué. Cette même génération est effectivement hostile à la discrimination dont elle est certainement victime mais, en même temps, adhère à l’axiologie inhérente à l’économie de marché par le biais du phantasme d’être au monde en consommant les produits du marché, c’est-à-dire cela-même qui constitue la cause majeure de l’exploitation tant honnie. Ainsi ce passage ironique :

 

Intrinsèquement, j’aimerais voter à droite sans mauvaise conscience. Vivre dans le confort ouaté d’un appartement haussmannien du seizième et sortir avec un joli blond qui conduit une Audi TT flambant neuve. Vivre d’amour et d’oseille fraîche. Parodier, jusqu’à l’ennui, la vie des jeunes héros wasp du feuilleton Bervely Hills 90210.[4]

 

Si l’humour et l’ironie restent en arrière-plan de ce roman, ils n’en demeurent pas moins la manifestation de la violence symbolique dont est victime le personnage central de Ekué… et peut-être même son auteur à travers l’autocentrage dont ce roman ferait parfois montre ? Or, Ekué aurait peut-être pu exploiter ce filon ironique pour prendre au sérieux la distanciation qu’appelle cette technique. Ainsi elle aurait dépassé clairement le piège du moi pléthorique, mais un moi pourtant riche de sa différence. En lisant Icône urbaine, le lecteur se rendra compte que son auteur assume pleinement sa différence, différence qui se présente d’emblée, non pas comme un obstacle, mais bien comme un échange, une tentative de dialogue pour aller plus loin dans la compréhension de l’écart entre cette France-là et celle qui s’est malheureusement recroquevillées dans ses peurs. Pourtant ce livre tend la main à cette dernière, en ce sens il s’agit d’une démarche à encourager pour que d’autres lui emboîtent le pas, si ce n’est déjà fait.

 

Pour terminer, on peut souhaiter que cette autofiction, Icône urbaine, acquiert de la pertinence pour celles et ceux qui, un jour, entreprendront d’écrire l’histoire de la femme afro-parisienne, histoire qui demeure encore un impensé faute de représentation des Afro-parisiennes dans le microcosme intellectuel en France. Ceci ne permet donc pas aux problématiques qui leurs sont propres d’émerger dans l’espace public. En attendant, le discours littéraire s’en charge plus ou moins. En l’occurrence, celui de Lauren Ekué le fait peut-être involontairement, mais elle le fait indépendamment de son contenu. Elle prend la parole et c’est ce que nous avons voulu souligner. A cet égard, l’on peut dire que sa prise de parole l’engage et l’invite donc pour la suite à mesurer le caractère grave qu’implique l’écriture pour la génération postcoloniale.

 

Lauren Ekué, Icône urbaine, Paris, Anibwé, coll. Fiction contemporaine, 2005. ISBN 2-916121-02-1

 

 

Buata Malela

Contact : bmalelaafrikara@hotmail.com


[1] Lauren Ekué, Icône urbaine, Paris, Anibwé, coll. Fiction contemporaine, 2005, p.46.

[2] Idem.

[3] Ibid., p.112.

[4] Ibid., p.33.

Buata Malela

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