Saint John Coltrane African Orthodox Church : Musico-christianisme afrocentrique au son coltranien
04/03/2007
Les voies du seigneur sont insondables disent les chrétiens sur foi des écritures, saintes. Les sons aussi probablement. C’est un des commentaires qu’inspirent l’église orthodoxe africaine américaine dénommée «Saint John Will-I-Am Coltrane African Orthodox Church», dont le saint patron n’est autre que la sommité du jazz et du saxophone John William Coltrane, demi dieu du genre reparti vers l’éternité en 1967 à l’âge de 40 ans.
En 1971, l’archevêque et saxophoniste Franzo Wayne King et son épouse créent cette église reposant sur une croyance chrétienne singulière. La musique de Coltrane, ascensionnelle, transcendantale, en tant que chemin privilégié de la connaissance de Dieu, de l’amour infini, de la totalité existentielle. Passé par le purgatoire des années d’accoutumance à la drogue et à l’alcool le maître artiste allait se transmuer après 1957 et sa musique avec lui. Devenue mystique désormais, cette musique communiquait directement avec l’Au-delà par l’intensité de la recherche de profondeur, de pureté que Coltrane y mettait avec passion, contemplation et grâce divine. Ne disait-il pas que sa musique était l’expression spirituelle de son être, et que son objectif était de vivre par sa musique une véritable expérience spirituelle? Ne disait-il pas que la musique en tant qu’expérience du cœur exprimait tout ce qui se passait au moment où elle se jouait ?
En 1965, en écoutant John Coltrane à Chicago dans une interprétation de son répertoire de «Renaissance» au cœur duquel se sustentait l’inoubliable A Love Supreme revisité en psaume dans la théologie de l’archevêque, Franzo Wayne King reçut ce qu’il appelle un «baptême par le son», par une sorte d’épiphanie, d’apparition christique, une expérience mystique où il sentit la présence de Dieu. A partir de ce moment il comprit que la vie de Coltrane n’était qu’un témoignage de la force de l’amour, et que l’énergie de sa musique [non pas son individualité] après son réveil spirituel, permettait d’atteindre le divin, car la musique n’est autre qu’une des premières expressions de la sagesse de Dieu.
La mission de la Saint John Will-I-Am Coltrane African Orthodox Church est donc d’amener les âmes à Dieu par les vibrations du musico-message de Coltrane tout en prêchant la sainteté de l’oeuvre du Saint patron.
A l’instar de toutes les églises africaines américaines, elle s’occupe autant de social que de religieux aidant les défavorisés à se nourrir, se loger, malgré des périodes financières difficiles. Le culte ici est résolument coltranien, et les évangiles sont relus au son de A Love Supreme, dans une perspective sotériologique. Danses, transes, cris, harangues et tout ce que le gospel africain américain peut offrir de communicatif et de véritablement charismatique sont présents dans cette église qui a choisi de trouver son dieu à sa façon. Et ce n’est pas plus mal.
Une illustration de la vigueur de réinterprétation des écritures bibliques que les Africains d’Amérique n’ont cessé de proposer, repoussant le christianisme européen dans des frontières jamais atteintes, de par la prégnance de leur héritage africain qui leur permet des expériences spirituelles, mystiques, de transportation à partir de tout ou chaque particule du vivant. Ceci à l’instar de toutes les musiques rituelles encore usitées sur le continent, sur des modes d’expression différents.
Inutile de préciser ici que dans l’iconographie de l’église Saint Coltrane, très proche d’une certaine théologie de la libération, Jésus-christ et les personnages bibliques ont les traits de ceux de leurs fidèles africains américains …
Pour plus d’informations : www.coltranechruch.org
Akam Ayong
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