Selma, Alabama : Barack Obama sur les terres des Droits civiques devance désormais Hillary Clinton dans l’électorat noir
06/03/2007
Le dimanche 4 mars 2007 à Selma en Alabama, la communauté africaine américaine commémorait les 42 ans de la célèbre marche de 1965 à l’appel du pasteur Martin Luther King réprimée dans le sang ce fameux «bloody Sunday», et qui avait abouti, grâce à la résistance des militants noirs et à la médiatisation de leur combat, à la signature d’une importante loi de dé-ségragation raciale, le Voting Rights Act. Pour l’occasion les candidats à l’investiture démocrate pour les présidentielles 2008 Hillary Clinton et Barack Obama s’étaient déplacés en Alabama.
Le sénateur noir, visiblement en verve et très à l’aise, s’estimant «à la maison», s’est permis d’enlever veste et cravate pendant la marche symbolique. Il a délivré un discours mémorable digne de ses illustres prédécesseurs, supplantant une rivale, Mme Clinton qui ne manqua pas d’arguments. Les deux sénateurs démocrates parlaient au même moment, séparés de quelques blocs d’immeubles dans deux églises différentes.
”Je suis ici parce quelqu’un a marché pour notre liberté”, “Je suis ici parce que vous tous vous êtes sacrifiés pour moi. Je suis sur les épaules de géants” lança un sénateur inspiré défiant la vieille garde volontiers affichée aux côtés d’Hillary Clinton et de son mari présent. Entraînant la femme de l’ex-président des Etats-Unis sur un entrain qu’elle pouvait difficilement emprunter, il n’hésita pas à reprendre la technique des témoignages autobiographiques chère aux églises africaines américaines dont il est adepte pour conter son histoire personnelle dans l’Amérique. ”C’est parce que qu’ils ont manifesté que j’ai pu faire les études que j’ai faites, que j’ai pu obtenir un diplôme de droit et un siège au Sénat de l’Etat de l’Illinois puis à Washington. C’est parce qu’ils ont manifesté que je suis la devant vous aujourd’hui” déclara Obama en osmose avec un peuple à l’unisson.
Répondant directement à ceux des Noirs qui lui contestent un authentique héritage africain américain, les Sharpton et Belafonte entre autres en ont eu pour leur grade, il a répliqué : ”Mon grand-père était cuisinier pour les Britanniques au Kenya (…) et toute sa vie il a été appelé ‘garçon de maison’ même à 60 ans. Ils l’appelaient par son prénom, pas par son nom de famille. Est-ce que cela vous rappelle quelque chose ?”. En faisant le lien entre l’exploitation coloniale post-négrière et l’esclavisation des Africains aux Amériques, Barack Obama a touché juste, refermant le piège de la division sur ceux qui spéculent sur un rejet relatif de l’électorat noir.
Ses arguments politiques ciblés sur la communauté ont exhorté la jeunesse à se rendre digne de l’héritage des anciens des Droits civiques, notamment en retrouvant le chemin des urnes, au lieu de taux d’abstention records, question de responsabilité. Il a pointé du doigt la violence qu’il faut combattre dans les cités.
Le fait nouveau est cependant que l’écart en intentions de vote entre Barack Obama et Hillary Clinton se resserre en faveur du candidat noir, passant de 17% en janvier à 24% début mars alors que sa rivale, toujours en tête chute de 41% à 36% dans le même temps selon un sondage ABC/Washington Post publié vendredi 02 mars 2007. Satisfaction, jusqu’à présent à la traîne le sénateur de l’Illinois devance désormais Hillary Clinton dans l’électorat noir avec 44% d’intentions de vote contre 33%. Cette campagne pour l’investiture comporte déjà un commencement de victoire collective, elle a le mérite d’une compétition pour le vote noir qui aura une incidence sur les offres politiques en direction de cette communauté oubliée par l’administration Bush qui a démantelé les mesures d’Affirmative action, l’aide médicale et au logement avec pour conséquence une massification de la pauvreté. Certains travailleurs, les «working poors» restant très vulnérables malgré leur emploi. La gestion de la catastrophe Katrina, avant, pendant et aujourd’hui après, traduit bien la place qu’occupent les Africains Américains dans les priorité des néo-conservateurs républicains. A ce jour plus de 90 000 victimes de la catastrophe prévisible Katrina n’ont pas retrouvé de toit… dans le pays le plus puissant et le plus développé au monde comme disent les hagiographes.
Akam Akamayong
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