L’affaire Baros-Mbia : «dégage le nègre, tu pues», 3 matches de suspension et on oublie tout…
05/05/2007
Le 18 avril 2007, les caméras de CANAL+ retransmettaient en direct le match de Ligue 1 entre l’Olympique Lyonnais et le Stade Rennais. Loin d’avoir offert un spectacle réjouissant aux amateurs de beau football, le si bien nommé match nul (0-0) s’est néanmoins illustré par un acte, pour le moins stupide, à forte connotation raciste. L’attaquant de l’OL, le Tchèque Milan Baros, n’avait pas trouvé meilleure idée que de se boucher le nez d’une main et de brasser de l’air avec l’autre pour écarter le défenseur qui le marquait ce soir-là : le Camerounais Stéphane Mbia. L’un des préjugés les plus abjects envers la communauté noire, l’odeur sui generis du nègre, n’a pu alors que ressurgir au gré d’images télévisées passées dans les JT du 20 heures le soir même.
L’émotion et les questionnements suscités quant à la signification d’un tel acte, ne pouvant être que directement liés à son caractère raciste, ont conduit la Ligue de football professionnel à convoquer les deux joueurs le jeudi 3 mai pour statuer sur la signification dudit acte, et infliger au coupable une sanction proportionnelle, selon que l’acte eût été reconnu comme xénophobe ou non. Verdict : trois matches de suspension pour Baros et une explication du président de la commission, qui vient presque banaliser un geste plus que tendancieux : « M. Baros nous a dit qu’il n’avait jamais été raciste, que son meilleur ami dans le football était noir, qu’il lui arrivait fréquemment, lorsqu’il était à Liverpool, de partager sa chambre avec des coéquipiers de couleur et que si l’on imaginait qu’il soit raciste, sa vie s’en trouverait irrévocablement changée. Il nous a dit qu’après quelques échanges verbaux et des contacts rugueux, il avait voulu dire à Mbia de s’écarter de lui. M. Baros nous a quand même un peu convaincus dans la mesure où on en a conclu que son geste n’était pas raciste. Sinon, la sanction aurait été tout autre. Mais on ne veut plus voir une chose pareille. C’est inqualifiable, inadmissible. » (cf L’Equipe du vendredi 4 mai 2007).
Justification admirable d’incohérence et de paradoxes pour un football français qui se fait l’étendard de valeurs humanistes, combattant la violence et le racisme dans les stades. Pour précision, Baros risquait au maximum 6 matches de suspension dans cette affaire. A croire qu’il est de bon ton de crier à l’irresponsabilité au sujet des sanctions financières infligées par les commissions de discipline du football italien et espagnol à Paolo Di Canio et Luis Aragones pour actes et paroles non moins tendancieuses, et n’assumer en rien la sienne dans son propre championnat. Ou peut-être la communauté noire est-elle trop sensible, et interprète sans discernement ces gestes, palabres et autres regards méprisants venus lui rappeler que sa pigmentation est une tare ? Il faudra donc à l’avenir faire preuve de calme et ne pas s’offusquer face aux actes teintés de racisme, prendre le temps de les étudier au cas par cas, d’après le contexte…Nous comprendrons mieux alors ces références « au bruit et à l’odeur » du Président Jacques Chirac le 19 juin 1991. Et puis qu’importe, dans le football français, le plus important n’est-il pas que l’Olympique Lyonnais prolonge les contrats de Cris, de Juninho et de Coupet ?
Un gros point d’ombre, l’attitude apathique des victimes ; les Noirs du championnat de France que font-ils ? Ils sont pourtant nombreux à Lyon et ailleurs, et brillent par leurs muscles et leurs silences coupables. Il est pourtant certain que si quelques cadres de grands clubs avaient réagi, ou même proposé une journée entière sans Noirs pour traduire leur ras-le-bol par rapport à ce racisme pur et brut de décoffrage ils enverraient un signal fort aux clubs, aux supporters imbéciles, et au monde du football.
Gomes Da Silva N.
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