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Ebanda Manfred, inventeur du classique africain universel, “Amio“, s’éteint dans l’anonymat 
14/10/2003

 

Alors que le 03 septembre 2003 décédait le créateur d’une des œuvres musicales africaines les plus popularisées ayant franchi allègrement les frontières continentales au gré des interprétations américaine, française, antillaise, africaines, Ebanda Manfred, par l’anonymat de sa mort et la modestie relative des revenus tirés de son œuvre s’en va en réactualisant la question de la reconnaissance des artistes africains et leur statut.

 

C’est en 1962 que Ebanda Manfred enregistre pour la radio, avec le groupe Rythmique Band, la chanson culte “Amio“, sous le titre “Amié“, relatant une passionnelle histoire d’amour avec l’alors appelée de son cœur Amié Essomba Brigitte, jeune lycéenne de Yaoundé capitale du Cameroun. Cette chanson qui ne devait jamais être éditée par son compositeur connut un destin tout entier exceptionnel, comme taillée pour s’acclimater ou dompter des publics divers et des cultures apparemment éloignées.

 

En effet il ne faudra pas plus d’un an pour que “Amié“, succès national de radio tape dans l’oreille d’un averti, en l’occurrence Monsieur Francis Bebey soi-même qui l’interprètera dans son album de la cuvée 1962. Et la suite ne fut qu’un chapelet de reprises et d’interprétations plus ou moins heureuses dont on retiendra celle de Bebe Manga qui reçut en 1980 un écho continental lui ouvrant la victoire aux Maracas d’Or de la Sacem. 1980 est également l’année de l’adaptation de “Amié“ par l’Antillais André Astasié, sous le titre un peu inattendu de “Pension alimentaire”. 1982, c’est au tour d’Henri Salvador star française qu’on ne présente plus, de reprendre “Amié“.

 

Pendant ce temps le succès africain de ce titre vieux de 20 ans déjà dans les années 80 ne faiblit pas et sur des variations rythmiques allant de l’afro-zouk au rap afro, de la rumba-rock au soul makossa, ce sont les prestigieux Manu Dibango, Monique Seka, Nayanka Bell et Bisso Na Bisso, n’oublions pas Papa Wemba, qui se frotteront à l’exercice de la reprise et de l’adaptation du désormais classique signé d’Ebanda Manfred.

 

“Je sais que la chanson “Amié” a été reprise plus de 20 fois mais, de tous les chanteurs qui l’ont interprétée, je n’en connais qu’une dizaine“ reconnaissait le compositeur de génie au sujet de son bébé. Il devait confier que son titre fétiche avait fait l’objet d’une reprise américaine. Naturellement ces reprises ont immortalisé “Amio“, “Amié“, “Amiyo“ selon les versions, et ce n’est pas peu pour la reconnaissance de l’artiste…A ceci près que peu de gens, y compris des professionnels de la musique connaissent véritablement le nom du créateur d’“Amié“ comme on citerait spontanément le compositeur d’un titre à succès d’Obispo ou de Madonna…

On touche là à la face terne du succès de l‘œuvre de Manfred Ebanda, qui a certainement fait le tour du monde plus vite que son compositeur dont les revenus retirés ne sont qu’une simulation de ce qu’il aurait dû en gagner. «”Amié” m’a rapporté jusqu’ici, 15 millions FCFA au minimum, rien que  pour les reprises, et j’attends toujours de l’argent qu’elle génère. En droits radio je n’ai presque rien eu de ce titre. Tout ce que j’ai gagné sur “Amié” vient donc des interprétations. J’aurais pu gagner le double de cette somme si mes avocats et autres mandataires ne m’avaient truandé pendant la répartition de l’argent», lançait-il dépité. Environ 20000 dollars pour un titre qui a été au moins 20 fois réinterprété par des artistes de premier plan africain, antillais, français, sur plus de 30 ans cela paraît plutôt modeste.

 

Mais il semble bien qu’à tout prendre, le cas d’Ebanda sera un cas limite, instructif et révoltant où un artiste africain vivant en Afrique, auteur d’un succès international, aura généré des conditions d’existence de son art, minimales certes, dans le détestable contexte de prédation, d’exploitation odieuse du talent des uns par la force de captation et de désorganisation des autres.  

Il y a  par l’œuvre d’Ebanda Manfred, la révélation d’un des métiers de l’industrie musicale, celui d’auteur et pas nécessairement d’interprète. C’est toute la profession africaine qui est questionnée, dans ses pratiques et usages, dans l’impératif d’assainissement et de formation de ses cadres. Evoluant dans un environnement de centre-périphérie où les productions occidentales sont considérées supérieures, la lutte pour une meilleure reconnaissance internationale devra se faire en partie par une meilleure structuration, organisation et un professionnalisme accru des acteurs, artistes, producteurs, promoteurs. Une profession faible, délaissant le statut des artistes, la définition et l’application de leurs droits de propriété en friche ne pourra pas faire jeu égal avec les super-productions du show-biz occidental. 

 

Ze Belinga

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