Donald Brown & the bush messengers/At this point in my life/ Space Time Records BG 2115
06/05/2001
« Ca s’écoute ou ça se danse » ? Les deux, mon capitaine ! Bien peu nombreuses sont les musiques qui en donnent autant à « entendre »(harmoniquement) qu’ à « ressentir », (rythmiquement parlant). Résolument jazz (si, si), blues, et cependant diablement funk, Donald Brown s’ingénie à cultiver le dilemme faussement paradoxal d’un univers profondémment marqué par la nécessité salvatrice du groove sans pour autant renoncer aux aspirations libertaires de la musique improvisée. Exercice réussi de bout en bout avec une surprenante aisance.
La musique de Donald Brown, donc, parle au corps. Le premier morceau du disque est du reste dédié à George Clinton et Prince : basses slappées et batterie en appui dédié(Essiet Essiet & Billy Kilson) campent avec brio le décor d’une musique jouissive propre à toutes les débauches rythmiques, avec même quelques nuances qui évoquent le meilleur Headhunters , avec au soprano un Jean Toussaint très inspiré en moderne Bennie Maupin(« Reruns from the seventies »). Pour la petite histoire, on notera que Donald Brown sait de quoi il parle côté musique noire, puisque qu’avant de jouer les pianistes, il officiait comme...bassiste dans les studios R’n’B de Memphis(aux côtés de Al Green ou encore B.B.King entre autres !)...avant d’intégrer, comme pianiste cette fois, les Jazz Messengers d’Art Blakey dans les années 80. Ailleurs, on accède aux excès free d’une polyrythmie inattendue(« No man’s land ») avant d’en revenir à l’apaisement très contrasté d’une suite en cinq mouvements ou se révèle notamment la qualité de toucher de notre pianiste, de même que la cohésion du septette, à l’évidence apte à toutes les sorties de piste...en dérapage magistralement contrôlé(« In search of the Bush Man Essiet »).Denses et colorés,chacun des morceaux recèle sa part d’innatendu. Bill Mobley(trompette),étonnant de justesse, se signale par des improvisations gorgées de swing (« Dorothy love letters »),Jerôme Barde(guitare) est tout à fait passionant dans ses longues envolées lyriques délivrées avec toujours le même à propos ;le cubain Anga Diaz(percussions) se signale sur chacune des plages par la sensualité permanente de son discours ;quant à la section rythmique elle se livre à un véritable festival pyrotechnique tout au long du disque, entre feu et glace selon la tonalité des compositions qui sont presque toutes dues à la plume enracinée de Donald Brown (avec peut-être une mention toute particulière pour les lignes de basses véritablement «organiques » d’Essiet Essiet ) .
« ...En tant qu’afro-américain, j’ai été témoin de beaucoup des injustices infligées au gens de couleurs de par le monde...en dépit des sombres moments et circonstances qui m’auront amené à produire cette musique, à ce point de ma vie, j’ai toujours envie de danser » nous révèle le pianiste dans le petit texte qu’il signe en notes de pochette. Et nous avec lui !Un vraiment très, très beau disque.
Edmond KOULA
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