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um
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  Mahery : Ruben Um Nyobè, Précurseur des Indépendances Africaines ( 31 Octobre 2007 06H23)
Ruben Um Nyobè, Précurseur des Indépendances Africaines par Akam Akamayong
L'article d'Akam Akamayong daté du 14/09/2004 dont je viens seulement main [lire la suite]
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Ruben Um Nyobè, Précurseur des Indépendances Africaines Avait Prévenu ! 
14/09/2004

 

 

Leader nationaliste précurseur des indépendances en Afrique francophone, Ruben Um Nyobè avait dès la fin des années 1940, formulé au sein du parti dont il était le fondateur, la mythique «Union des Populations du Cameroun», UPC, une plateforme de revendications fortes parmi lesquelles figuraient l’impératif de l’union nationale, l’indépendance et la déconnexion d’avec le colonialisme français. En sus de la formidable vision émancipatrice qu’il développa avec méthode et passion, il mit explicitement en garde les politiques de son temps contre les dangers du tribalisme… Avertissement qui resta lettre morte, y compris dans les rangs de ses continuateurs.   

L’homme que les troupes françaises assassinent le 13 septembre 1958 succombe à la barbarie coloniale et à l’impossibilité pour celle-ci d’entreprendre, de supporter une vision du monde et un rapport à la colonie marqué du sceau de l’égalité. Um Nyobè qui avait fondé l’UPC en 1948, avait commencé à écrire l’histoire de l’émancipation des peuples africains, en exigeant en 1949 lors de la visite d’une mission de l’ONU au Cameroun, la fin du régime de tutelle française et la fixation d’un délai pour des indépendances démocratiques.

Cette précocité est digne du plus grand intérêt car il apparaît aujourd’hui que le secrétaire général de l’UPC devançait de plusieurs années les leaders indépendantistes d’Afrique francophone qui ne reprendraient des revendications proprement indépendantistes qu’à la fin des années cinquante. Pas tous d’ailleurs, un certain Senghor irait jusqu’à affirmer que les Africains ne voulaient pas l’indépendance mais l’interdépendance dans le cadre de l’Eurafrique [Europe-Afrique ???] … Le même Sédar Senghor porta témoignage à l’ONU de l’absence de discriminations raciales dans le territoire du Cameroun et notamment au sein des instances judiciaires où autochtones et français étaient, soutint-il, équitablement représentés, trompant à dessein ses auditeurs des Nations Unies.

Entre 1952 et 1954, le leader indépendantiste fit trois interventions à l’ONU pour y expliquer la situation du Kamerun et les revendications nationalistes, tout en continuant une inlassable œuvre d’éducation politique des masses, de correspondances internes et externes au parti qu’il dirigeait, privilégiant la conquête pacifique du pouvoir par des élections démocratiques, les vertus du dialogue et du combat politique.

En 1955 le gouverneur colonial Roland Pré inaugure un cycle de mise au pas des insoumis d’une brutalité sans limite. Il accentue la politique répressive et sanglante de la France générant des manifestations suivies des pires violences de l’autorité coloniale. Les dirigeants de l’UPC entrent en clandestinité, Félix Moumié, Ernest Ouandié et Abel Kingué regagnent le Cameroun sous tutelle britannique d’où ils seront déportés à Khartoum au Soudan, Um Nyobè se replie quand à lui dans son village à Bumnyébel. C’est la période dite du Maquis, de nombreux paysans entrent en clandestinité, le travail politique d’explication, de formation et de pédagogie de Um Nyobè continue cependant.

Le 13 juillet 1957, Um Nyobè écrit une lettre mémorable au premier ministre André-Marie M’bida, depuis son Maquis, cette lettre anticipe avec une vision prophétique sur les dangers de la manipulation politicienne de l’ethnicité par les forces en confrontation politique :

 

« Le tribalisme est l’un des champs les plus fertiles des oppositions africaines. Nous ne sommes pas des « détribaliseurs », comme d’aucuns le prétendent. Nous reconnaissons la valeur historique des ethnies de notre peuple. C’est la source même d’où jaillira la modernisation de la culture nationale. Mais nous n’avons pas le droit de nous servir de l’existence des ethnies comme moyens de luttes politiques ou de conflits de personnes.

 

Nous sommes des hommes politiques camerounais. A des degrés divers nous assumons des responsabilités devant l’histoire de notre peuple. Dans le grand bouillonnement que cela provoque, nous décelons nos insuffisances et nos capacités. Nous puisons alors à la source des peuples qui nous ont précédés, et dans le passé de notre propre peuple, pour fixer notre propre ligne de conduite et ce, avec le concours et la succession des événements. Une telle situation nous impose comme condition première de rompre avec un tribalisme périmé et un régionalisme rétrograde qui, à l’heure actuelle comme dans l’avenir, représentent un réel danger pour la promotion et l’épanouissement de cette nation camerounaise. »

 

Um Nyobè, appelé affectueusement «Mpodol», prophète ou porte-parole, en langue bassa, génie de la vision politique qui avait entrevu l’horizon des indépendances avec une décennie d’avance sur ses contemporains, surdoué de la méthode et de l’organisation, reconnu pour son honnêteté même par ses ennemis, lègue dans cet écrit « sous Maquis » un testament précieux. S’attaquant à l’épineuse question du tribalisme et du régionalisme politique au Cameroun, le Mpodol livre une réflexion politique majeure, valable sur l’étendue du contexte africain, encore aussi actuelle un demi siècle après son énonciation que dans les années 50.

Le secrétaire général de l’UPC identifie dans le tribalisme un terrain fertile, un fonds de commerce des oppositions, largement vérifié dans l’éclosion des mouvements de démocratisation des années 90, et un danger pour la construction des nations africaines. La résurgence des tensions interethniques à fondements politiques ou économiques s’alimente du tribalisme, des clientèles ethno-régionales dans tous les grands conflits et génocides africains contemporains. Quand le phénomène ethnique n’est pas à la base des conflits de partage de ressources économiques et de pouvoir, il fournit du moins un outil d’instrumentalisation relativement aisée, offrant de mobiliser et manipuler des factions à des fins  de crapuleries politiques. Il serait difficile de contester l’acuité du Mpodol sur ce point névralgique du pouvoir africain.

La lettre à André-Marie M’bida, adversaire politique, opposé à l’indépendance et premier ministre, à un an de son assassinat, traqué et terré dans son Maquis des environs de Bumnyébel, traduit la hauteur politique d’un leader à dimension réellement nationale, déterminé à la confrontation politique dans toute sa grandeur et son exemplarité. Elle  témoigne d’une réflexion aiguë et bien avancée sur les rapports entre culture nationale transethnique et enracinement local. La culture nationale à construire ne saurait ici vassaliser ou faire table raz des réalités tribales, elle devrait en être une sublimation, y prenant appui comme sur une racine.

Une grande sagesse d’action semble guider Um Nyobè qui s’en remet aux expériences passées non pour les reproduire de façon stérile, mais pour en faire des points de repères permettant de fixer une conduite en fonction des réalités vécues, de la succession des événements. L’action qui invente l’avenir se réfléchit donc à partir d’une utilisation du présent et du passé, d’une transaction entre des idées et les forces du terrain, produisant un modus opérandi fonctionnel et dynamique.  

 

La pensée puissante de Um Nyobè, injustement oubliée de la grande histoire des luttes de libération est et demeure d’une rare fécondité, tant le leader de l’UPC aura laissé d’écrits, de traces nationales et internationales, gravant dans l’histoire, la passion d’un homme pour sa patrie et sa capacité visionnaire à anticiper les étapes ultérieures de la réalité politique africaine. Qu’il s’agisse de l’indépendance, du tribalisme, ou de la viabilité des structures politiques, de la pédagogie et de l’éducation des militants et des citoyens, la contribution du Mpodol, mort pour sa patrie, reste entière à redécouvrir. 

 

 

 

* La citation de la lettre de Ruben Um Nyobè, secrétaire général de l’UPC à André-Marie M’bida est tirée de l’ouvrage de Achille M’bembe, Ruben Um Nyobè, Le Problème National Kamerunais, L’Harmattan, 1984. 

 

    

 

 

  

 

Akam Akamayong

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