Richard Bona se confie sur Afrikara.com : Je suis un Artiste Engagé !
22/09/2004
La nouvelle coqueluche de cette musique d’espèce inclassable, sillonnant des voies inédites de sensualité entre l’Afrique et le Jazz contemporain, son altesse bassistissime Richard Bona, n’arrête pas de surprendre son monde. De par sa virtuosité certes mais plus encore, Bona s’invite à la table pour d’aucuns délicate, pour d’autres hospitalière, des artistes résolument engagés ! Quid de cette mutation ?
Mutation ou maturation, il est difficile de trancher dans le vif, le sujet des artistes en rébellion étant assez savonneux, parsemé fausses notes et de gammes ratées. Les nombreux mélomanes et bonaphiles filant la parfaite extase musicale, ont noté une montée en thématique « sociales », sans dysharmonies, dans le troisième album de Bona, Munia. Pas de faux semblants cependant, la musique de Bona reste douce et emplie d’émotion, étonnamment nuancée et contrastée par des dynamiques et fulgurances, qui ne cèdent pas à la tentation du discours-programme, des anathèmes hasardeuses ou des rastafarismes vaseux en treillis flambants.
C’est le regard de Bona sur la société qui traduit cette évolution de l’artiste et néanmoins père attentionné de deux enfants, Christelle [17 ans] et Léo [6 ans], un regard qui se porte sur l’insupportable d’un monde que la musique devrait contribuer à réformer. « Si le monde fonctionnait comme la musique, ce serait un monde parfait », lance l’artiste, sérieux mais toujours décontracté, taquin au possible.
Cette société qui tourne à l’envers c’est l’écologie, l’environnement contre lequel « ils sont en mission ». « On se rend tous compte que l’environnement n’est pas préservé ! Il s’agit pourtant de besoins primaires, ce ne sont pas besoins secondaires comme les habits, etc. Les habits on pourrait ne pas en avoir, mais on ne survivrait pas sans eau ! », assène le bassiste et néo-militant.
« J’ai été choqué lors d’un de mes voyages en Amazonie. Chaque année c’est l’équivalent de la Belgique entière qui est détruite en déforestation dans ce pays ! En Afrique, au Cameroun, c’est pareil», « et ça » poursuit-il d’un ton décidé, « c’est nous-même qui en sommes responsables. Les riches d’abord ».
Précisant sa pensée sur les dangers inéluctables que font courir la volonté immodérée d’accumulation des riches, il s’insurge : « On veut toujours croître, accumuler, amasser. Qui nous dit que c’est dans l’expansion que nous trouverons le bonheur ? ». Mesurant la patte de la procidence sur son destin personnel, mi-exalté, mi-philosophe, Richard d’un coup d’un seul assagi, reconnaît « être béni », « je suis l’homme le plus riche du monde, et je l’ai toujours été parce que j’ai la chance de faire ce que j’aime, la musique ».
Les conséquences de cette obsession de l’enrichissement, de l’accaparement, ce sont tout simplement les guerres qui empoisonnent l’existence en Afrique et à travers le monde. « Toutes les guerres qui existent surviennent parce qu’il y a des intérêts énormes en jeu. Pourquoi n’y a-t-il pas de guerre au Mali, pourquoi n’envoie t-on pas des soldats au Darfour et pourquoi en envoie t-on en Irak ? Seulement, quand quelque chose ne vous appartient pas elle ne vous appartient pas, même si par avidité vous la convoitez. C’est ce qui arrive aux U.S.A en Irak. Trop attirés par les richesses pétrolières ils ne peuvent s’empêcher d’y aller, mais en retour ils sont embourbés dans une situation inextricable devant les combats et la résistance opposés. Impossible d’avaler le morceau, impossible de le cracher. C’est le sens du titre « Couscous » du dernier album, titre que j’ai écrit avant les événements d’Irak, de façon presque prémonitoire, comme si j’avais vu que les US allaient s’enliser dans cette aventure. ».
Quand il aborde la question des guerres dans le monde il est intarissable sur l’origine de celles-ci, la volonté de puissance, d’accaparement des ressources de la planète par les riches. Ironique, il répète inlassablement « ils sont en mission pour nous détruire ! », mais « ce qui est à autrui est à autrui, il faut le respecter ». Les Américains « n’en sont qu’au début de leurs difficultés en Irak, c’est facile de commencer une guerre, pour l’arrêter, c’est une autre affaire. ».
Radical dans son analyse, l’artiste n’y va pas avec le dos de la cuiller pour les solutions. « Les hommes ont échoué, ils doivent laisser la place aux femmes. Ce sont elles qui devraient diriger la planète, on aurait pas autant de guerres et de violences, elles ont la patience de porter neuf mois un enfant dans leur ventre, ça les transforme. Il y aura toujours des histoires, des problèmes, mais on n’en arrivera pas à l’extermination ».
C’est sur ces propos incisifs et loin d’être grimés par quelques douteuses mises en scène, que l’artiste lâche : « Je suis un artiste engagé, de plus en plus engagé, et je serai prêt à prendre les armes pour me battre pour un autre monde ».
Le point culminant de la réflexion de Bona est atteint, c’est l’engagement, la volonté de changer les choses qui désormais accompagnent l’artiste. Heureusement, cette prise de conscience ne raye pas le disque solaire de l’inspiration du petit prodige qui continue de proposer un concept musical d’une richesse captivante, d’une saveur veloutée et picturale. Mode, caprice de star, évolution, l’avenir nous le dira.
Entre-temps, pas de panique, Afrikara veille, qui organise le 22 octobre 2004, à l’Avant Seine à Colombes, le monumental concert de Richard Bona, en puissance, au sortir de sa tournée en trio, avec Gérald Toto et Lokua Kanza. L’étoile filante repartira ensuite pour un moment en Allemagne, en Asie, et reviendra avec d’autres formations en Europe, aux côtés des Kenny Garrett, Mike Stern, et autres éminences. Raison de plus pour capter les moments de bonheur de « pure » bonatology de cette date qui, à n’en point douter, restera dans les annales et les esprits des amoureux des belles et bonnes œuvres.
Le multi-instrumentiste, vocaliste aux cordes angéliques a déjà hâte de monter sur le podium de l’Avant Seine, sur son propre répertoire solo, pour en découdre avec un sommet musical très attendu par des fans qui se précipitent déjà aux billetteries.
La suite des révélations de Bona sur afrikara.com dans les prochains jours…
*Pour le concert du 22 octobre 2004, billetterie ouverte, places encore disponibles
Réservations sur www.afrikara.com, Afrikara 06 72 66 08 23
Réseau Fnac, Virgin Mégastore, Auchan, Carrefour.
Adresse : Avant Seine, théâtre de Colombes
88, rue de Saint Denis 92400 Colombes
Ze Belinga
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