Hollywood reconnaît les Acteurs Noirs, quid des Césars du cinéma français ?
28/02/2005
La consécration des acteurs noirs dans le cinéma américain, le plus international, celui qui diffuse le plus ses représentations, angoisses et ses fantasmes, est un fait qui s’ancre dans la normalité. Depuis l’ouvreur et historique Sidney Poitier qui en 1964 avait fait sensation en s’imposant en ambassadeur noir dans les récompenses du cinéma américain, les choses semblaient marquer en peu le pas. Par le haut surtout, la notoriété ultime restait comme interdite aux Noirs, mais davantage de d’Africains Américains glanaient des rôles de premier plan dans des productions mondiales, et le cinéma noir y contribuait nettement.
En 2002 Denzel Washington, révélé par sa performance géante dans Malcolm X de Spike Lee montait sur les marches sanctuarisées de Hollywood, avec l’actrice africaine américaine Halle Berry. Cette évolution dans laquelle les programmes d’action affirmative [discrimination positive en France] ont joué leur partition a permis aux Africains Américains, malgré les discriminations et la pauvreté économique, d’obtenir d’indispensables victoires symboliques, psychologiques, culturelles. Celles-ci offrent aux jeunes de se construire en dignité, dotés d’images positives d’eux-mêmes, s’inscrivant du reste dans une visibilité plus grande des personnalités, réalisations, investissements auxquels ils peuvent se référer sans contradiction ni mendicité.
La même cruelle question est posée sans détour à la France du 21ème siècle, à ses dirigeants et penseurs sur commande, qui bégaient une posture universaliste creuse en décalage flagrant avec les réalités sociopolitiques de la société en mouvement.
Cet extrait de l’Agence France Presse chronique le triomphe de Jamie Foxx et Morgan Freeman aux victoires du cinéma américain. Nous espérons que très bientôt on pourra en dire autant des victoires du cinéma français, les Césars. Naturellement il faudra commencer par donner des rôles significatifs aux Noirs, par le mérite que bien des comédiens ne cessent de démontrer, et aussi par volontarisme étatique, par action affirmative.
Le triomphe de deux acteurs noirs aux Oscars montre que Hollywood change
Le triomphe dimanche aux Oscars de deux acteurs noirs, Jamie Foxx et Morgan Freeman, sacrés meilleur acteur et meilleur second rôle masculin, montre que les choses changent peu à peu pour les Noirs à Hollywood.
"Cela montre que Hollywood continue à faire l'histoire", a déclaré en coulisse Morgan Freeman à des journalistes. L'acteur de 67 ans a gagné sa récompense pour son rôle de vieux boxeur dans "Million Dollar Baby" de Clint Eastwood.
En 2002, les acteurs noirs avaient déjà réalisé un doublé avec Halle Berry ("A l'ombre de la haine") et Denzel Washington ("Training Day"), qui avaient décroché les Oscars de meilleure actrice et de meilleur acteur. Mais ce succès ne s'était pas confirmé les années suivantes.
Jamie Foxx, qui a remporté l'Oscar de meilleur acteur pour son interprétation saisissante du bluesman Ray Charles dans "Ray", a salué Sidney Poitier, qui avait été le premier acteur noir à percer à Hollywood en remportant un Oscar en 1964.
Le jeune homme de 37 ans a également souligné l'importance de ces récompenses pour la communauté noire américaine. "Pour les gamins ici, il y a tant de choses négatives... alors pourquoi pas des choses positives avec le tampon de la couleur noire... Nous voulons être inclus", a dit l'acteur en coulisse.
Les disparités raciales restent très profondes aux Etats-Unis, même si le temps de la ségrégation est révolu où les Noirs ne pouvaient entrer dans les magasins, les restaurants ou les cinémas "blancs", avaient des transports en commun séparés, et ne pouvaient étudier à l'université.
Les acteurs noirs avaient décroché cinq nominations aux Oscars cette année. Jamie Foxx était également nommé dans la catégorie meilleur second rôle masculin dans le thriller "Collateral".
Don Cheadle était sélectionné pour l'Oscar du meilleur acteur dans "Hotel Rwanda" et l'actrice britannique Sophie Okonedo pour celui de meilleur second rôle féminin dans le même film.
Le chemin reste toutefois long avant que les acteurs noirs soient traités comme des acteurs blancs, selon Todd Boyd, spécialisé dans les minorités ethniques au cinéma à l'Université de Californie du Sud (USC), dans un entretien quelques jours avant la cérémonie.
D'après lui, "le véritable test est de savoir si Hollywood fera jouer des acteurs noirs dans des rôles qui ne sont pas spécifiquement écrits pour des noirs".
La réalisation d'un film comme "Ray" est aussi un succès pour les Noirs américains. Le réalisateur Taylor Hackford a mis 15 ans pour trouver le financement du film, Hollywood craignant que le sujet ne soit pas assez populaire chez le public blanc.
Le film montre comment Ray Charles, aveugle, a surmonté son handicap et la discrimination raciale dans le sud des Etats-Unis dans les années 50 pour devenir un chanteur de légende.
"Hotel Rwanda", qui était sélectionné pour l'Oscar du meilleur film, a aussi relevé le défi de réaliser un film grand public sur un sujet aussi difficile que le génocide au Rwanda en 1994.
Hollywood.AFP - lundi 28 février 2005 - 8h17 -
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