La Chine fait de sa médecine traditionnelle une industrie stratégique : un modèle pour l’Afrique ?
29/09/2005
Le débat entre tradition et modernité vire souvent … à la débâcle verbeuse tant les frilosités des penseurs contemporains issus des sociétés idéologiquement importatrices de contenus sont grandes, épidermiques. En émergeant économiquement comme une puissance mondiale au XXIeme siècle européen avec son bagage culturel, aménagé mais sien, langue, écriture, calendrier, religions, mode de pensée, médecines, …, la Chine et les autres pays en développement rapide rendent caduques et vides de toute pertinence le faussement cornélien déchirement universaliste entre la course au moderne et l’ancrage à l’ancien.
Une illustration vient encore d’en être faite avec la rencontre de 3000 représentants gouvernementaux et d’entreprises provenant de 43 pays et régions du monde, à l’occasion de la seconde Conférence internationale des technologies pour la modernisation de la médecine traditionnelle à Chengdu (sud-ouest de la Chine). La Chine a décidé et officialisé sa décision [Source Xinhuanet, 26.09.05] de faire de sa médecine traditionnelle un secteur stratégique. L’articulation entre technologie, modernité et techniques traditionnelles a tout son intérêt dans cette optique prometteuse. La Chine, avant d’exporter des textiles ou des ordinateurs vers l’Occident, rappelons-le, a longuement exporté son artisanat fait main…
En effet un certain engouement traverse les pays développés à forts besoins médicaux, désireux d’alléger les peines, douleurs, angoisses d’une population vieillissante, libérée des œillères religieuses et qui s’offre des infidélités thérapeutiques répétées. Les médecines naturelles, douces, alternatives sont au goût du jour et la Chine est plutôt bien placée internationalement. La production de médicaments traditionnels a augmenté de 18,3% en 2004, s’élevant à 95,8 milliards de yuans.
La Chine possède quelques 1 000 variétés d'herbes médicinales parmi lesquelles environ 150 sont cultivées artificiellement. La superficie de plantation a atteint le million d'hectare à travers le pays, soit une augmentation de 90% par rapport à 2000 ! Pour adapter son offre traditionnelle à ses besoins et à ceux du monde, la Chine a développé des technologies de culture pour environ 500 variétés d'herbes médicinales, devenant une nouvelle source de revenus pour les cultivateurs.
Le dispositif de soutien à cette offre comporte des bases de développement technologique et des bases de plantes médicinales construites à travers le pays. Désormais plusieurs provinces chinoises, dont le Hebei, le Guizhou, le Sichuan, le Shaanxi et le Shanxi font de la culture des plantes médicinales une industrie majeure.
L’Afrique, qui comme la Chine dispose d’un potentiel énorme de pharmacopée, de techniques de soins traditionnels allant jusqu’à la parapsychologie, l’hypnose thérapeutique etc. datant de 5000 ans d’histoire, pourrait s’inspirer de son modèle naturel, sa propre histoire de civilisation. Le continent pourrait également apprendre des expériences contemporaines chinoises qui sont recherchées de part le monde à l‘instar de l’acupuncture.
La Médecine Traditionnelle Chinoise procède d’un modèle théorique proche du modèle africain. Elle s’intéresse davantage aux malades qu’aux maladies, tout en gardant une redoutable efficacité thérapeutique. Elle s’est le mieux conservée officiellement depuis son origine il y a 3000 ans et dispose de textes référents très anciens qui ont permis la perpétuation de cette science, de cet héritage. Enseignée à l’université, objet d’une économie agricole, technologique, entrepreneuriale, elle repose avant tout sur des notions d’énergie, d’équilibre, de globalité destinées à la médecine comme à la philosophie de vie quotidienne de tout un chacun.
Quelques initiatives trop timides existent au Burkina Faso, notamment, en Afrique du Sud, de l’Est, et quelques associations de tradi-thérapeutes tentent d’ouvrir les services de santé publique à des ressources en risque de disparition. On note çà et là des initiatives originales de la banque mondiale, de l’OMS, d’ONG, mais la dynamique reste à trouver.
L’erreur originelle des nouveaux Etats africains a consisté dans leur croyance religieuse en une modernité qui a souvent été confondue avec des formes particulière de modernité, les produits, les biens et objets matériels en provenance de l’opulente Europe. Aujourd’hui les exemples de pays qui réussissent leurs processus d’émergence avec leurs propres ressources culturelles en plus des apprentissages externes et des emprunts, devraient attirer l’attention des acteurs africains, Etats, décideurs nationaux et supranationaux, associations citoyennes à investir un domaine précieux pour la santé publique, en relation avec l’économie, l’agriculture, et la réimplantation de valeurs de progrès endogènes.
Ze Belinga
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