La France veut inventer le crime de vérité historique : Historique !
24/11/2005
Projet de loi visant à instaurer un délit d’atteinte à la dignité de la France et de l’Etat, enregistré le 28 septembre 2005 à la présidence de l’Assemblée nationale. C’est le jargon parlementaire derrière lequel se prépare une authentique faucheuse des faits historiques plus ou moins salissants pour la perpétuation tranquille de l’image et de la fiction d’une nation uniforme lissée autour de ses grandes valeurs, ses figures éternelles.
A ceux qui se gargarisaient de l’humanisme de la France, de ses grandes idées et principes élevés, la chute est vertigineuse. Et rien ne dit que nous soyons au bout de nos surprises. Un florilège d’attitudes révisionnistes, négationnistes, négrophobes s’abat sur le pays autoproclamé des droits de l’Homme. Pis, il émane désormais des rédactions journalistiques les plus cultivées [pensait-on], des érudits cathodiques, jusqu’aux dignitaires un peu grabataires au vrai de l’Académie française, ministres et députés confondus, qui s’affalent dans le ridicule mélanophobe. Et dans un assaut éperdu contre la pluralité de références, corollaire de la diversité ethnique et d’origine du pays.
Deux députés français, MM. Daniel Mach et Jean-Paul Garraud, sous le fallacieux prétexte des propos du rappeur R proposent d’instaurer un délit d’atteinte à la dignité de l’Etat. L’ire du député-maire Jean-Paul Garraud l’avait d’ailleurs amené à ester en justice contre ledit rappeur, expliquant : "cette société a toujours protégé les minorités, mais maintenant elle en devient victime et c'est la majorité qui n'est plus protégée".
Avant de tirer provisoirement les conséquences d’une telle loi si elle était adoptée, présentons là en substance, sans l’exposé des motifs qui revient avec les grosses ficelles à visée émotionnante sur la vidéo et le texte du rappeur. [Source : http://www.assemblee-nationale.fr/12/propositions/pion2532.asp ]
° 2532
ASSEMBLÉE NATIONALE
CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958
DOUZIÈME LÉGISLATURE
Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 28 septembre 2005.
PROPOSITION DE LOI
visant à instaurer un délit d'atteinte à la dignité de la France et de l'Etat,
(Renvoyée à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la République, à défaut de constitution d'une commission spéciale dans les délais prévus par les articles 30 et 31 du Règlement.)
présentée par MM. Daniel MACH et Jean-Paul GARRAUD
Députés.
PROPOSITION DE LOI
Article unique
Le chapitre Ier du titre III du livre IV du code pénal est complété par une section 5 ainsi rédigée :
« Section 5
« Des atteintes à la dignité de la France et de l'Etat
« Art. 431-22. - Constitue une atteinte à la dignité de la France et de l'Etat, toute insulte, toute manifestation de haine, publiée, mise en ligne sur Internet, télévisée ou radio-diffusée, proférée à l'encontre du pays, de ses personnages historiques, des dépositaires de l'autorité publique ou de ses institutions.
« Constitue une atteinte à la dignité de la France et de l'Etat, le détournement du drapeau national.
« Art. 431-23. - L'atteinte à la dignité de la France définie à l'article 431-22, commise à l'égard d'une personne physique ou morale, est punie de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. »
Si le Parlement français adoptait cette loi, il rajouterait un bloc supplémentaire à l’édifice, et au processus d’assignation à falsification de l’histoire coloniale notamment, de son enseignement, de toute lecture républicaine alternative par les citoyens du passé de la France. Le diktat d’une France et d’une conception monochrome de la nation, de ses valeurs essentialisées, figées, voudrait ainsi bénéficier de la force de loi pour reproduire le capital idéologique de l’empire, et une représentation hégémoniste, hiérarchique, raciale du monde. Les grands hommes, blancs, ne sauraient être rabaissés par des crimes commis contre des … Non-Blancs, moins encore, contre des nègres. Tel est le décodage du programme implicite qui anime les prises de paroles sur les questions historiques, de rapports interethniques, de discriminations, de banlieues etc.
Les députés, visant des Noirs et leur sous-culture urbaine barbare, qui cette fois seraient allés trop loin dans une irrévérence par ailleurs vantée comme composante de cet esprit français de la critique, cet héritage révolutionnaire, plaident en somme pour une restriction de la liberté d’expression. Celle des Non-consensuels, issus d’un rapport à l’histoire leur interdisant de panthéoniser les hérauts de la haine raciale, vivant le tribut payé à cette démence jadis institutionnalisée. Une épée de Damoclès menace et vassalise aux ordres des oligarchies encore actionnaires du passif, tous les producteurs de contenus historiques et culturels qui s’écarteraient de la ligne du parti de la dignité de l’Etat : enseignants-chercheurs, écrivains, journalistes, politiques, éditeurs, créatifs, …
Cette loi criminalise la vérité historique en ce sens par exemple que Napoléon ne pourrait plus être appelé négrier ou criminel au moins pour avoir rétabli l’esclavage dans les colonies françaises. Le général de Gaulle sous la présidence duquel des massacres coloniaux et post-coloniaux, assassinats de leaders nationalistes africains ont été commis à la chaîne ne mériterait que des éloges… Les assassinats des Lumumba, Moumié, Olympio, la sanglante guerre du Biafra au Nigeria, dans lesquels la main de de Gaulle via les réseaux de son sinistre obligé Foccart, est un secret de polichinelle ? Silence de tout cela, pourvu que seule demeure immaculée face à des moutons amnésiques et des régiments d’hypocrites, la grandeur de la France.
Le passé revient pourtant toujours ! Et ce d’autant plus violemment que sa sauvagerie aura été absoute, par un travail de mémoire, de thérapeutique sociopolitique vendus à l’encan par les apothicaires de l’éphémère, bradé sur l’autel des putrides odeurs des mirages du pouvoir, de l’imbécile griserie suprématiste …
Les implications de cette proposition de loi prolongent l’encerclement de la loi Taubira, son incidence sur l’enseignement de la traite négrière et l’esclavage transatlantiques balisés par des figures imposées ou intouchables, émasculant la portée réelle du travail de mémoire, de reconstruction d’une réelle communion républicaine.
L’ambition avouée de faire se taire un jeune « black de banlieue » ouvre en fait une fenêtre de tir en négationnisme, en falsification par interdit de la vérité historique. Un chef d’œuvre. Bouts à bouts seraient ainsi réunis la loi du 23 février 2005, intimant l’ordre à qui de droit de n’aborder la colonisation outre mer et en Afrique que sous ses aspects positifs mêmes fantasmés bien sûr, et une criminalisation de la vérité historique.
Quand on pense qu’un député français, en novembre 2004 se fendait déjà d’une relation entre langues africaines et délinquance des jeunes, que la polygamie a fait irruption dans le lexique politicien de diversion devant les insurrections urbaines, le doute n’est presque plus permis : la politique française se décompose au contact de l’élément nègre. Bas de gamme politique chronique pour rester … poly.
Auteurs de la proposition de loi
Daniel MACH
député maire de POLLESTRES (Pyrénées-Orientales)
daniel.mach@wanadoo.fr
dmach@assemblee-nationale.fr
Jean-Paul GARRAUD Député de la GIRONDE, 10° circonscription
jgarraud@assemblee-nationale.fr
jeanpaul.garraud@wanadoo.fr
Afrikara
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